« Journal d’un éducateur »

 
 

Novembre 1965
Le moindre geste a une histoire.
À vingt kilomètres de l'endroit où j'écris il y a un château du XIIe siècle plein d'enfants arriérés. C'est une habitude toute récente de mettre les enfants arriérés dans les châteaux.
Ils n'y sont pour rien. Ils n'ont pas du tout fait la révolution.
Quelqu'un de sensé pourrait même se demander ce que ces résidus font là et pourquoi on les garde encore vivants alors que dans le même moment de l'histoire, de l'autre côté de la terre qui est ronde, des soldats américains jettent des bombes sur des enfants bien vifs, bien intelligents, qui brûlent vivants par dizaines.
Il est vrai que ces enfants arriérés dans ce château de Sologne vivent tout à fait en dehors du temps et de l'espace, éperdument apolitiques et voyez la récompense du sort : ils vivent tranquilles dans un château du xiiie siècle.
Libres. Ils sont libres. Ils peuvent s'exprimer librement par toutes sortes d'onomatopées. Ils ne sont même pas obligés de se servir des mots tels qu'ils sont. Ils ont de la gouache et des crayons pour s'exprimer encore, librement. Ils n'ont pas besoin de faire le moindre geste utile. Retraités de naissance.

Juin 1941
J'ai une classe d'enfants arriérés dans un immense hôpital psychiatrique à Armentières, dans le Nord. Ils sont une quinzaine dans une pièce aux murs clairs, à de belles petites tables neuves et moi je suis instituteur. Quinze idiots en tablier bleu et moi instituteur dans la rumeur de cette bâtisse à six étages emplie de six ou sept cents enfants arriérés. Dans la rumeur de cette bâtisse parsemée de cris étranges, elle-même prise dans le bruit quasiment universel à ce moment-là de la guerre.

Mai-juin 1940
Près de la Loire, le long d'un mur, à un mètre de ce mur, les soldats qui étaient là avant nous ont empilé des sacs de farine pour se faire un abri. Nous sommes à cinq dans un camion, le ciel est bleu. Les avions y sont gros comme des têtes d'épingles, épingles de diamant qui lancent de fines épées de lumière. Nos yeux pleurent, à force de guetter. Ils vont bombarder. Nous nous mettons à l'abri, le dos au mur. La route passe de l'autre côté du petit mur de sacs où la farine est tassée, dense, presque dure. Quoiqu'il se passe dans le ciel je n'y peux plus rien. Un des sacs du dessus est crevé. La toile éclatée découvre un cratère d'un blanc de falaise. Au fond du cratère, nichées, six souris grandes comme une phalange du petit doigt... Elles dorment, en petit tas, gavées, repues de soleil, de lait, de vie.
J'écoute le bruit des avions, pour savoir s'ils reviennent sur nous. Je n'ai ni religion, ni croyance, ni raison personnelle d'être là, au bord de la Loire, sous ces avions qui vont lâcher des bombes. Il en sera de ma mort comme de ma naissance, absolument involontaire. J'appuie mon menton sur la toile douce du sac éclaté, chair de farine, robuste et fraîche au plus profond. Six petits corps gris. Leur cœur bat et moi, plus proche d'eux que de mon capitaine qui a fait Verdun, l'autre guerre, et fait encore celle-ci, de carrière, plus proche d'eux que de mon père qui a été tué en 1917, à la ferme de la Biette, plus proche de ces six souris que de n'importe qui, parce qu'elles vivent, si étrangères à l'événement qu'elles ne peuvent pas être touchées. Alors que moi, dans le fin fond de moi-même, je suis tout aussi innocent, tout aussi étranger, aussi peu homme que possible, ma vie est la vie même de ces six petites bêtes mais j'ai un uniforme, mais je suis là au bord de ce fleuve dont je me fous tout autant que du reste. Tout à fait aussi indifférent à la géographie qu'à l'histoire. Hors du temps et de l'espace. Idiot.

Juin 1941
Les guerres de maintenant ne respectent pas les idiots. Elles ne les respectent d'aucune manière. Elles ne respectent rien, ni les idiots, ni les fous.
Six d'entre eux viennent d'être tués sous les éboulis du pavillon 9, dans l'immense asile où je travaille.
Ils avaient pourtant leur uniforme de velours gris, de ce velours gris d'asile qu'ils sont plus de mille ici à porter. Des bombes sont tombées pendant la nuit. Ça tombe, voilà tout, ici et pas là. C'est la saison des bombes. Le pavillon 9 a été coupé en deux. Six fous sont morts. C'est un comble. Depuis le temps qu'ils s'appliquaient à ne rien faire d'autre qu'à mériter leur paquet de tabac gris à la fin de chaque semaine, depuis dix ans peut-être, ou plus, alors qu'il y a entre autres un commandant d'escadron de chars d'assaut qui, lui, est actif, historique, qui parle à la radio aux Françaises et aux Français, qui vaudrait la peine d'être tué et qui vit toujours et qui vivra encore longtemps, alors que ces débiles profonds sont morts de la guerre, eux qui ne la faisaient pas du tout.

Mai-juin 1940
On me l'a raconté. Je n'y étais pas.
C'était l'exode devant l'avancée des troupes allemandes...
Les fous de l'hôpital psychiatrique autonome d'Armentières, on les a mis sur les routes, vers la mer.
Les aviateurs ennemis ont bien dû se demander qu'est-ce que c'était que cette colonne, ce détachement, ce corps-franc en uniforme gris blanc qui vacillait sur les bas-côtés, droit vers le nord, vers Dunkerque, quelle avant-garde, quels déserteurs puisqu'ils tournaient le dos au front, les apôtres de quelle retraite, encadrés par des sous-officiers en uniformes bleus, des boutons dorés, des casquettes dont les visières noires bien cirées devaient refléter le soleil, chômeurs du textile pour la plupart, gardiens d'asile inquiets d'être dehors avec des fous qu'ils savaient dangereux.
N'importe. Cette guerre n'était pas faite pour ne tuer que des héros, bien au contraire.
Après il a fallu faire demi-tour, revenir vers Armentières. Le compte n'y était pas. Il en manquait même un bon tas.
Compte tenu du tas de tués, il y avait des disparus, disparus à toutes jambes. Évadés ? Ça n'est même pas sûr. Il y en avait qui s'étaient sauvés, fous de peur, ceux qui n'avaient pas retrouvé la colonne, quelques centaines, pas plus. Il y a ceux qui sont rentrés, les semaines suivantes, ceux qu'on a ramenés et il y a ceux qui sont restés dehors et parmi ceux qui sont restés dehors des dizaines qui jamais, au grand jamais, ne seraient sortis de l'asile de leur vivant. Dangereux. Abrutis. Fous perdus.
Et puis, un mois après l'autre, une année après l'autre, on a su. Ils travaillaient ici ou là, comme tout un chacun, personne n'avait rien à dire à leur sujet, que du bien. Et parmi eux, les pires, les pervers. La guerre ne respecte rien.
Ceux qui sont rentrés à l'asile, ils sont morts de faim, un sur deux.
J'ai vécu très quotidiennement ce long événement de 1940 à 1943, la mort lente des fous à l'hôpital psychiatrique autonome d'Armentières, leur mort lente à un sur deux, et la reprise des habitudes asilaires, sans variante qu'un immense point d'interrogation dans la tête des médecins-chefs. Ces fous invétérés qui, d'un coup, ne l'étaient plus...
Ils ont dû se dire que c'était la guerre et qu'on ne peut tout de même faire une guerre sans arrêt sous prétexte de soigner les fous, que de toutes manières, la guerre, ça ne dépendait pas d'eux, que ce qui dépendait d'eux, ils le faisaient, à savoir : pas d'évasion, pas trop de suicides et l'observation hebdomadaire, je crois, ou mensuelle, je ne sais plus, dans le dossier de chaque malade, de page en page inlassablement, comme on gagne sa vie, à faire ce qu'on est payé pour faire, chrétien comme l'était le médecin ou socialiste comme l'était le directeur.

Novembre 1965
Les arbres roux de novembre. Les arbres de la clinique psychiatrique où je suis réfugié depuis neuf mois.
De ces arbres, je reparlerai.
Novembre 1965 et c'est la guerre.
Il y a quelques jours, nous étions cinq ou six, une réunion de militants du Mouvement de la Paix, dans la grande salle d'une Bourse du Travail, en pleine lumière, bien au chaud. Un ou deux instituteurs, un comptable, une demoiselle du secours ouvrier, un gars de la CGT communiste, secrétaire de l'UD tout décoré de vocables à initiales majuscules, prolétaire quand même par quelques détails de l'aspect, concierge quand je l'ai vu venir avant que la réunion ne commence. Là où il n'y a pas de patron, les concierges sont maîtres et certes, il était chez lui dans cette bâtisse de la Bourse du Travail. Communiste cet homme, dirigeant syndical, éducateur du peuple. Pour en dire quoi, du peuple, du bas-peuple pas éduqué ? À quelques mots près, ce qu'une monitrice d'enfants arriérés disait, dans une salle, de ce château du xiiie siècle. Les mêmes paroles, le même jugement, le même constat et qui plus est, la même mimique. Ce militant ouvrier, rompu aux luttes syndicales et cette brave fille de monitrice toute dévouée, on aurait dit le frère et la sœur. Lui, il les connaissait les ouvriers, hommes et femmes, il savait bien de quoi ils étaient capables et nous, les intellectuels ou quelque chose comme ça, on le faisait ricaner en coin, ça se voyait de loin. Et elle, la brave fille, pareil, elle les connaissait, les arriérés, elle vivait avec eux tous les jours et tous les jours, depuis des années. Elle ne ricanait pas, presque pas, elle était gentiment sceptique sous sa bonne peau rougeaude, alors que l'autre, le militant syndical, il y avait de la hargne dans ses moindres propos, de la hargne envers nous, du dédain fatigué envers ceux dont nous parlions, les ouvriers. Et lui était bourré de prétention maldisante. Un éducateur. C'est tout juste s'il n'était pas un peu psychosociologue. Il l'était d'ailleurs. Il expliquait pourquoi, fatigués par les cadences, les ouvriers s'en foutaient pas mal du Viêtnam et des Vietnamiens, forcément, qu'il fallait voir les choses comme elles étaient, en quelque sorte objectivement. Il nous faisait un cours sur la mentalité ouvrière.
L'autre non, la fille rougeaude, elle ne faisait pas de cours. Son constat, elle se l'était fait toute seule, concierge aussi des endroits où le petit groupe des arriérés dont elle avait la charge vivait pendant les journées, tenancière, je l'avais vu faire, là où ils étaient, là pour jouer, là où ils étaient pour peindre. Elle les connaissait, ça c’est sûr, mieux que moi qui parlait de quoi ? Des moyens de les changer. Je l'avais vu faire dans l'après-midi, plantée ferme parmi eux comme un arbre, bien irriguée, patiente, immuable, elle était leur amie, ménagère transplantée parmi ces bons à rien. D'elle et de ses semblables, je reparlerai.
L'autre, le militant révolutionnaire, son cas n'est pas isolé. Fils du peuple, qui prend le peuple pour quoi ? qui vise bas quand il le pense pour se sentir lui plus haut en quelque sorte et il y a du vrai dans ce qu'il dit. Il y a toujours du vrai quoiqu'on dise.
À la monitrice du château je parlais d'un arriéré mais pour elle, c'était un autre, pas un de ceux qu'elle connaissait. Et si on parle du peuple d'ailleurs, du Viêtnam et de comment il vit, c'est un autre, pas le peuple que les militants connaissent comme s'ils l'avaient fait.
Et c'est vrai que, pour une part, ils le font, tel qu'il est, indifférent.

Mai 1961
Cette chèvre attachée court à sa mangeoire, outre de chair distendue par le chevreau qui va naître, ce dessin fait au fusain sur du papier dont la marque apparaît sous le charbon frotté, ce tracé est mon chef-d'œuvre.
Ce tracé a une longue histoire. Si je la racontais, d'un coup, à la suite, il y faudrait des milliers de pages. J'écrirai des milliers de pages car cette histoire, je la raconterai, l'histoire de ce tracé, de temps en temps je parlerai d'autre chose. Ce tracé est un miracle et si j'arrivais à raconter proprement l'histoire de ce tracé, je n'aurais pas vécu pour rien. Communiste, je l'ai été, dès 1933, j'avais vingt ans, aux Jeunesses, aux JC, petite étoile rouge à la boutonnière. Mais de quelle étrange manière j'étais communiste, à Lille, dans le Nord, étudiant en lettres.
Dans la rue de Paris, il y avait une petite boutique sale, peinte en rouge dehors. C'était le local du Parti. Un homme manchot était là, presque toujours : concierge, permanent, responsable ? Je ne sais pas. En tout cas, lui et nous, on ne pesait pas le même poids. Il était comme une statue de bronze et nous, petits êtres vivants, tout jeunes, tout précaires, étudiants, petits-bourgeois et lui s'appelait Poupon, son nom me revient. Un Poupon monumental et dieu sait comme on l'était, petits-bourgeois, jusqu'aux os à moelle qu'on avait creux, pour mieux voleter dans toutes les brises idéologiques et lui, Poupon il était de bronze, venu de la rue des Longues-Haies à Roubaix, cette rue à courées que les colonnes de gardes mobiles évitaient soigneusement lors des grèves.
Je ne me souviens pas que Poupon nous ait jamais parlé. Peut-être qu'il cachait son accent devant des jeunes gens instruits. Nous venions là, à deux ou trois, chercher les affiches, dans ce bistrot désaffecté, dans le silence de Poupon debout près du comptoir. Il n'y avait jamais rien sur ce comptoir dans la pièce d'en bas qui donnait sur la rue, que ce comptoir sans rien dessus et Poupon debout, une manche vide.
Les affiches étaient dans une petite pièce du haut, sur une table, contre un mur recouvert d'un papier de tapisserie rouge mangé par la lumière et devenu d'un rose tout saupoudré de plâtre comme la joue fardée d'une vieille et ma famille habitait cette même rue de Paris, mon oncle qui vendait des cravates en gros et ma tante des fleurs artificielles et des couronnes de mort et de mariage, et moi je venais chercher ces affiches avec deux camarades et nous allions les coller, la nuit, sans les lire.
Issus de quels romans, ces gestes que nous faisions pour coller ces affiches d'un Parti dont nous étions membres, même pas membres, appendices de membres, pinceaux.
À vrai dire, il y avait aussi les jours de fête, les défilés avec la fanfare ouvrière de Fives qui jouait L'Internationale à mille échos renvoyés par les murs des maisons, un air ample de toute la force majestueuse de la révolution en marche dans le monde entier, tout concassé en mille échos qui retombaient sur la rumeur grave du défilé comme des carreaux cassés, les gardes mobiles au bout des rues, rangés près de leur camion, casqués... Et là j'y étais de toute ma conscience, de toute ma confiance, fétu sur le fleuve.
Voilà quel communiste j'étais en 1933 et je n'ai guère changé en cours de vie, pris dans le moment, étranger à l'histoire et sans plus de sympathie à aucun moment pour Staline que pour Napoléon. Arriéré.

Novembre 1965
Je prépare depuis des mois une exploration pédagogique. Je pense à ceux qui m'ont aidé lors des tentatives antérieures. Je vais écrire au docteur Louis Le Guillant.
Je me souviens d'un article de lui qui se terminait par :
« Deligny s'est, dit-on, replié sur l'éducation des enfants arriérés. Je souhaite que là où il est, il rencontre quelque médecin féru de physiologie et travaille avec lui. Sinon, l'un écrira peut-être un roman, l'autre un traité de médecine, mais ni l'un ni l'autre n'auront pleinement compris et aidé les enfants qui leur sont confiés. »
Pourquoi dire que je me suis replié parce que je retourne aux enfants arriérés ? C'est venant d'eux que je me suis replié vers les adolescents délinquants, caractériels, psychotiques ou para-psychotiques et que les arriérés je les ai laissés à leur sort avec les bonnes sœurs en robe blanche qui régnaient avec leur accent italien sur le dépotoir médico-pédagogique riche de sept cents lits du haut duquel Tichou m'appelait du plus loin qu'il me voyait, enfermé dans une chambre cellulaire parce qu'il avait, une fois de plus, mangé le cuir de ses godasses ou foncé, tête baissée, dans la mère-supérieure. Tichou ne m'appelait pas pour que je le délivre. Il criait mon nom. Il était fort bien, là-haut, derrière les grilles de la fenêtre aux carreaux épais, larges comme la main, quelques-uns pivotaient. Debout sur l'appui de fenêtre, pieds nus en tablier lacéré, Tichou voyait les pavés bien rangés de la nationale Lille-Dunkerque. Il y passait des camions et des camions qui traînaient des barques. Les Allemands se préparaient à débarquer en Angleterre. Tichou et moi, on s'en foutait pas mal. Il regardait le défilé de camions bâchés et de barques. Il me voyait passer sur la place au sol tout noir de scories. Il gueulait mon nom de tout là-haut. Il se disait : camion... bateaux... soldats. Mais les soldats passaient dans le boucan des camions et des bateaux et moi j'arrivais, pourvu d'oreilles et Tichou savait mon nom. Il le gueulait, voilà tout. Je suis certain de ce voilà tout. Aucune illusion entre nous. Jamais je n'ai eu d'ami aussi proche. Tichou ne se disait pas : camion... bateaux... soldats... Il ne savait pas le nom de ces choses, enfermé qu'il était quasiment depuis sa naissance. Camion, peut-être ? Le camion est un objet d'asile et Deligny aussi, objet d'asile que Tichou venait regarder, quand j'ouvrais la porte de ma classe sur la cour vide. Il y avait quelquefois Tichou qui rôdait, descendu provisoirement de la chambre cellulaire. Il avait la camisole de force. On ne le lâchait que lorsque les autres étaient rentrés. Il venait s'arrêter à cinq ou six mètres... Je le voyais dans l'encadrement de la porte. La cour vide paraissait très grande. Une arène. Et ce petit taureau qui me regardait, les bras pris dans les manches de grosse toile qui étaient nouées derrière son dos, toute sa force dans son front qu'il ridait. Il ne bougeait pas. Je lui mettais de la musique de Bach sur un grand phonographe noir qu'il me fallait remonter souvent. Les quinze autres assis dans la classe à leur belle table, dessus de liège et tubes bleus, s'occupaient à faire semblant d'écrire ou à faire des petits paniers en pâte à modeler, pris eux aussi dans la musique de Bach. Certains regardaient tourner le disque. La plus belle paix que j'ai jamais connue. Dans le ciel bleu jusqu'au tréfonds, des avions se mitraillaient dans un jeu pareil à celui des mouches dans le soleil.
Quelquefois, parvenaient, de loin, d'une des cours de pavillon, des bribes du discours d'un qui délirait et, autant que je me rappelle, la voix posait des questions à Monseigneur l'Évêque d'Orléans et il fallait que je bouge, sinon Tichou s'ennuyait. Je bougeais. Je calais avec un cahier l'estrade qui n'avait pas besoin d'être calée mais ça faisait tout un cirque de gestes, soulever d'une main l'estrade qui portait la table, pas trop fort pour ne pas faire dérailler l'aiguille sur le disque et de l'autre main attraper le cahier pour le glisser sous l'estrade soulevée. Tous ces gestes pris dans le regard de Tichou et la musique de Bach qui nous tenait compagnie, au nombril même de la guerre.

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