Adrien Lomme

 
 

[…] Adrien creuse deux tranchées à travers le plâtre et la pierre rouge. Il arrive au plancher. Le rond de la tête est fait et deux longs bras minces et deux mains. Maintenant, les jambes. Les deux tranchées qui descendent arrivent au plancher qui porte des collines de poussière blanche et rouge. C’est trop tôt. Les deux traces qu’Adrien a dans la tête sont plus longues. Elles ne peuvent pas finir là. Traverser le plancher ? Adrien se couche. Il fait tourner les deux tranchées à angle droit. Elles continuent leur cours, l’une au ras du plancher, l’autre un peu au-dessus. Une grosse écaille de plâtre se détache. Point. Un point qui tombe du mur tout juste pour aider Adrien à finir cette espèce de carte, de lettre qui se dit : bonhomme.

Adrien a du sang dans une main, le long des plis et en petites flaques qui ont mordu dans la poussière blanche. Il lèche. Il est assis contre le mur. Il lèche la poussière blanche et découvre la source du sang qui cherche à nouveau son chemin dans un pli de sa paume. Adrien creuse sa main, étonné de tous ces plis qui font des grimaces. Il n’y a qu’à attendre. Le sang va emplir le creux. C’est trop long. Adrien ramasse le peigne cassé et il laboure la plaie qui suinte à peine. Il a encore dans le bras la force qu’il a dû mettre pour entailler le mur. Ça lui fait mal jusque dans l’épaule. Il secoue cette épaule qui lui fait mal alors qu’il est occupé dans sa main. Il fait un geste qui devrait vider sa main dans la poussière blanche. Rien ne tombe.

Chacun de ceux, homme, femme ou fille qui verront les chemins tracés par Adrien dans le plâtre et la brique de ce recoin d’hôpital, chacun se dira :

– À genoux…

Mains grandes ouvertes au bout des bras tendus, ce tracé d’homme demande pardon à genoux.

Et tous les relents de croyances que chacun promène avec soi viendront bourrer la tête et la bedaine du bonhomme qui se mettra à grouiller d’intentions.

Adrien, seul, dans sa tête, sait que, pour suivre fidèlement son idée, il aurait dû trouer les planches, par terre, ou les arracher, passer. Il n’est pas tout à fait content de son travail.

C’est fait, c’est fait.


(Tous droits réservés)

 
RETOUR