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10 rue St-Luc
L’Arachnéen s’est doté d’un atelier 10, rue Saint-Luc, Paris XVIIIe, dans le quartier de la Goutte d’or, à quelques dizaines de mètres de l’église Saint-Bernard (où des étrangers « en situation irrégulière » avaient trouvé asile et dont ils furent expulsés manu militari par la police le 23 août 1996). L’atelier est occupé une partie du temps par deux artistes, Violette Astier et Florian Fouché. Le reste du temps, les paris sont ouverts : exposer, projeter, lire, danser, chanter, écouter, voir, mettre en chantier, agir et faire, la liste est longue des infinitifs et des hasards qu’un tel lieu rend possibles. Un vieux rêve vient au jour, et le prolongement en quelque sorte naturel de ces objets faits de pensées, de sons, de paroles et d’images que sont nos livres. L’Arachnéen a-t-il une « ligne » éditoriale ? Le 10 rue Saint-Luc suivra la même : nous ouvrons une boîte à formes et à idées.

Premier rendez-vous, et inauguration : le 12 octobre, avec une exposition de Violette Astier. La programmation de la suite est en cours.
événement

Manteau pour Kiepja, une exposition de Violette Astier

12 octobre – 24 novembre 2019
Ouverture le samedi 12 octobre de 18h à 22h, puis du jeudi au samedi de 14h à 19h.
Kiepja (performance, durée : 30 min) à 19h30 les samedis 12 octobre et 9 novembre.

« La mort comme anéantissement de la diversité des formes de vie, est une définition possible de la colonialité. Mais la mort est aussi le lieu de la survie. La survie, c’est la vie qui migre sur d’autres plans (chant, récit).

Les chants de Kiepja se trouvent facilement sur internet. Carlota Guerra me les a fait écouter un soir. Ils sont présentés par la maison de disque Folkways comme “les chants traditionnels Selk’nam”.
Le peuple Selk’nam a été massacré par des colons à la fin du XIXe siècle en Terre de Feu (Patagonie). Kiepja a survécu. À plus de 90 ans, en 1964, elle rencontre l’anthropologue Anne Chapman. Cette dernière lui demande de chanter pour son enregistreur et pour son “patron” (Claude Lévi-Strauss). Elle a alors chanté, chanté, jusqu’à épuiser Chapman, les bandes magnétiques et sa propre bave (1966).
Aujourd’hui les spécialistes considèrent que Kiepja est une source impure : dans cette société patriarcolonilocolinéaire, elle n’était pas censée connaître, en tant que femme, les mystères et les chants de la cérémonie du Hain. Il est vraisemblable qu’elle les ait en partie inventés, la vieille espiègle.

À Kiepja je dédie cette exposition. Je fais entendre quelques-uns de ses chants, je chante, je lui fabrique un manteau. À son panier en joncs de Magellan tressés je substitue la “réplique confidentielle” du Bicho Monument à toutes les situations (1964) de Lygia Clark. »


Violette Astier, Le panier, l’anthropologue et le Bicho, détail d’un montage de huit photographies, 384 x 56 x 3 cm, 2016-2018. Photo : Florian Fouché

Biographie de l’artiste
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