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10 rue St-Luc
L’Arachnéen s’est doté d’un atelier 10, rue Saint-Luc, Paris XVIIIe, dans le quartier de la Goutte d’or, à quelques dizaines de mètres de l’église Saint-Bernard (où des étrangers « en situation irrégulière » avaient trouvé asile et dont ils furent expulsés manu militari par la police le 23 août 1996). L’atelier est occupé une partie du temps par deux artistes, Violette Astier et Florian Fouché. Le reste du temps, les paris sont ouverts : exposer, projeter, lire, danser, chanter, écouter, voir, mettre en chantier, agir et faire, la liste est longue des infinitifs et des hasards qu’un tel lieu rend possibles. Un vieux rêve vient au jour, et le prolongement en quelque sorte naturel de ces objets faits de pensées, de sons, de paroles et d’images que sont nos livres. L’Arachnéen a-t-il une « ligne » éditoriale ? Le 10 rue Saint-Luc suivra la même : nous ouvrons une boîte à formes et à idées.

Le premier rendez-vous et l'inauguration ont eu lieu le 12 octobre 2019, avec une exposition de Violette Astier.
événement

Manifeste Janmari,
une exposition de Florian Fouché

2 octobre – 21 novembre 2020
Ouverture le vendredi et le samedi de 11 h à 19 h et les autres jours sur rendez-vous (0678131075).

Florian Fouché, Philippe, 2020. Vidéo sonore, boucle, 11 min. Actions réalisées et filmées avec Philippe Fouché.

Manifeste Janmari

Un manifeste non verbal.

Je rapproche deux personnages : Janmari et Philippe.

Janmari est l’enfant autiste rencontré par l’éducateur et écrivain Fernand Deligny en 1967, qu’il ne quitta plus jusqu’à sa mort. C’est le personnage le plus légendaire de la dernière tentative de Deligny : un réseau expérimental de prise en charge d’enfants autistes mutiques, réseau actif dans les Cévennes de 1968 aux années 1990. L’idée était de produire un milieu de vie qui permette à ces enfants une mobilité autre, entre danse et objet. Janmari apparaît dans cette histoire comme un être spécial, doué de pouvoirs particuliers, avec des gestes qui lui sont propres. Ma question de départ était de savoir jusqu’où Janmari et son monde peuvent faire modèle, ou manifeste.

Philippe, c’est mon père, Philippe Fouché. Il est devenu hémiplégique en 2015, après un accident vasculaire cérébral. Depuis, il se déplace en fauteuil roulant et vit en institution.

Janmari, Philippe, sont assistés. Comme tout le monde, comme toute puissance ou impuissance. Rien ni personne n’existe seul. Nous sommes tous à la fois des assistés et des assistants.

Trente-sept actions ont été filmées durant ces mois de pandémie, dans le lieu même d’exposition, qui se présente comme un environnement d’objets (accessoires et/ou sculptures) et une zone de visionnage. Le montage des actions filmées est présenté sur trois écrans, chacun associé à un titre : Philippe, Vie assistée, Mémoire de Janmari.

Auprès des autistes, Deligny a imaginé une « mémoire en quelque sorte réfractaire à la domestication symbolique, quelque peu aberrante, et qui se laisse frapper par ce qui ne veut rien dire, si on entend par frapper ce qui fait empreinte ». J’aime cette idée d’une mémoire « quelque peu aberrante ». L’aberration, c’est libérateur.

Florian Fouché, septembre 2020

Les actions ont été réalisées et filmées en collaboration avec Yannik Denizart et Philippe Fouché, et avec la participation de Martin Molina Gola.

www.florianfouche.com

Avec le soutien à une recherche/production artistique du Centre national des arts plastiques.

Florian Fouché, Vie assistée, 2020. Vidéo sonore, boucle, 66 min. Actions réalisées et filmées avec Yannik Denizart.

Florian Fouché, Mémoire de Janmari, 2020. Vidéo sonore, boucle, 34 min. Actions réalisées et filmées avec Yannik Denizart et Martin Molina Gola.