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Actu 112 – KO Atelier

ACTU_132_KO
29 nov.


La librairie L’Atelier (Paris 20e) organise une rencontre à l’occasion de la Correspondance des Cévennes, 1968-1996 de Fernand Deligny. Programme détaillé bientôt.

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Actu 112 – EO Bruxelles Par chemins

ACTU_70_ENSA
23 nov.


Rencontre autour des Enfantillages outillés avec Adrien Malcor (co-auteur du livre avec Fanny Béguery), Sandra Alvarez de Toledo (L’Arachnéen) et Mathieu Guinot, à la librairie Par chemins (Bruxelles) à 19h.

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Actu 111 – KO Tropismes

Actu_109
22 nov.


Dialogue entre Sandra Alvarez de Toledo, Adrien Malcor, Antoine Janvier et Sami El Hage autour de l’oeuvre de Fernand Deligny, à la librairie Tropismes (Bruxelles) à 19h.

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Actu – 114 Deligny Metz

ACTU 114
14 nov.


Conférence de Marlon Miguel à propos de Fernand Deligny à l’école supérieure d’art de Lorraine, à Metz

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Actu 110 – Moindre geste Forum des images

Actu_109
6 nov.


Documentaire sur Grand Écran organise un projection du Moindre Geste de Fernand Deligny, Josée Manenti et Jean-Pierre Daniel, au Forum des images. La projection sera suivie de l’avant-première du film de Henri-François Imbert, André Robillart, en compagnie.

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Actu 109 – INHA Deligny

ACTU 111_ KO
18 oct.


Jean-François Chevrier et Adrien Malcor dialoguent à propos de Fernand Deligny, à l’occasion de la parution de la Correspondance des Cévennes, 1968-1996, à l’INHA, salle Labrouste, de 19h30 à 21h. Entrée libre sur réservation.

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Actu 110 – Repubblica

Fernand Deligny et Janmari 1973
17 août


La Repubblica publie un article sur Fernand Deligny : “L’uomo che parla ai bambini che non parlano” . Lire l’article.

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Catalogue Correspondance Deligny

FDO_reprint_210
Correspondance des Cévennes
Fernand Deligny
2018

en-savoir-plus

Catalogue Coréennes

Coréennes
Chris Marker
2018

en-savoir-plus

DEL-Correspondance-Descriptif-Presse

KO_couv_500
45 €

Livres-apparentes


1320 pages
175 documents
Format : 23,5 x 16,5 cm
Couverture reliée souple avec rabats
ISBN : 9782373670134
Parution : 12 septembre 2018

Livre publié avec le soutien du Centre national du livre

croix-fermer
Correspondance des Cévennes, 1968-1996

Fernand Deligny

édition établie, présentée et annotée
par Sandra Alvarez de Toledo

 

Michel Plon, “L’homme des Cévennes”, En attendant Nadeau, 06/11/2018.
Lire l’article

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

DEL-Correspondance-Descriptif-Extraits

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Format : 23,5 x 16,5 cm
Couverture reliée souple avec rabats
ISBN : 9782373670134
Parution : 12 septembre 2018

Livre publié avec le soutien du Centre national du livre

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Correspondance des Cévennes, 1968-1996

Fernand Deligny

édition établie, présentée et annotée
par Sandra Alvarez de Toledo

 

1968

leurs gestes parlent un autre langage, ils ne sont pas complémentaires des mots et ça se voit, plus proches de ceux d’un chimpanzé que de ceux d’un enfant. Il ne s’agit ni d’une déformation, ni d’un ralentissement : ils sont autres parce que ce qui les commande n’est pas une pensée verbale
Deligny à François Truffaut, 22 novembre

1969

Salut, companero ! J’ai comme du retard à la réponse, mais pendant que tu explores nos belles provinces, moi je vais de Mexico à Palente-les-Orchamps – Rhodiaceta, où il existe maintenant un groupe de cinéma ouvrier qui travaille tout seul
Chris Marker à Deligny, 3 janvier

les parents d’enfants-fous, j’entends ce qu’ils me demandent.
les enfants-fous, j’entends ce qu’ils demanderaient.
les pouvoirs publics et assimilés, j’entends ce qu’ils ne veulent pas entendre.
mais les éditeurs, je n’entends pas.
Deligny à Émile Copfermann, novembre

Il ne s’agit pas d’exclure la parole des territoires : elle nous est nécessaire. Ce que je demande, c’est que “l’autre (et surtout les enfants) ne soit pas parlé”.
Deligny à Jacques Lin, 1er décembre

1970

cette dimension de l’ailleurs, il faut y veiller d’aussi près que Freud veillait à ce que reste pur l’or de ce gamin qu’il avait découvert.
Grâce à ce point d’appui (un gamin ailleurs est autre) on peut soulever l’institué – quitte à le laisser retomber pour qu’il se casse en miettes, mais ça…
Deligny à Émile Copfermann, 13 mars

Le neume est cet instant, cette paillette, ce petit morceau d’entente pré-primitive, élémentaire, d’accord hors la notion même de personne.
Deligny à Jacques Lin, 15 août

1971

ce feuilleton serait un bon outil s’il s’appelait NAISSANCE D’UN TERRITOIRE (ce territoire serait-il un mythe).
Deligny à Henri Cassanas, 20 janvier

Ce que nous rencontrons actuellement dans les stages ou les réunions d’infirmiers, c’est un besoin éperdu qu’ont les gens de parler d’eux. Il y a quelques années, dans les stages d’infirmiers, il y avait un moment où le malade apparaissait. […] On ne parle même plus de “l’administration”, des notes ou du médecin ; il n’est question que de soi.
Germaine Le Guillant à Deligny, 8 juillet

Notre tentative “prend”. Je veille à ce que ce verbe ne la transforme pas en ciment ou en incendie de maquis dont il ne resterait que la cendre d’un récit.
Deligny à Françoise Dolto, 16 décembre

1972

Le réseau = ensemble d’ensembles (aires de séjour) perçus par l’enfant mais cette perception “manifeste”, pour qu’elle puisse être “manifestée ”, il y faut des “repères” (qui s’en réfèrent quelque peu à la “parade”
des animaux).
Deligny à Josée Manenti, 15 janvier

D’être tourné à n’être que lieu de vacances, je le regrette.
Les vacances sont une institution et je ne me prête pas volontiers à leur rendre service (aux institutions) : la preuve, cette embrouille avec Bonneuil que je n’ai pas cherché à éluder.
Deligny à Françoise Dolto, 13 juin

je pense que pour ce qui [est] essentiel dans la vie vous êtes dans le plus grand courant de pensée – dépouillé seulement des parasites dus aux turbulences des agglomérations.
Françoise Dolto à Deligny, 12 décembre

1973

Alors je voudrais bien que tu me parles un peu de ce que tu penses du vol.
Germaine Le Guillant à Deligny, 21 mars

Il y a du soleil
et les rats viennent sur la poutre maîtresse de la “maison” où je suis à longueur d’heure, nous ne nous dérangeons guère.
Deligny à Germaine Le Guillant, 22 mars

nous sommes submergés, les uns et les autres ; moi, de courrier. Toutes ces lettres ; je n’arrive pas à éponger.
Deligny à Jean et Henriette T., 5 octobre

1974

Il s’agit du rapport ou du non-rapport à établir entre ce qui se passe ici sur un divan avec des 
mots, et ce qui se passe là-bas sur un territoire avec des cartes
Jacques Nassif, cité par Deligny, 25 juin

je peux m’imaginer à la place des gens absolument non informés qui verront ce film et qui devraient être capables, après l’avoir vu, de répondre aux questions que j’ai soulevées : OÙ ? QUAND ? POURQUOI ? COMMENT ?
François Truffaut à Deligny, 27 juin

Quand Gilles épluche des pommes de terre et les jette dans la marmite de quatre ou cinq mètres sans rater le but, ça se voit
Deligny à Jean et Henriette T., 8 juillet

le corps commun, du plaisir ?
le corps commun, c’est quelquechose comme cette petite constellation, ce petit cerf-volant 
déchiqueté, vibrant, qui trépigne/tressaute quelquefois sous l’arche d’un pont quand la 
lumière frappe l’eau.
Deligny à Isaac Joseph, 14 août

1975

j’y tiens à ces points • qui éludent la majuscule • et il Y a autre chose dans la page à voir avant de la lire, “autre chose” que des lettres alignées • point d’autre chose • ce qui peut se lire dans tous les sens.
Deligny à Isaac Joseph, 3 janvier

Si Christophe ne parle pas, c’est qu’il a l’intention de se taire, etc…  etc… Ainsi procède
– et a toujours procédé – l’Inquisition, qu’elle soit romaine ou moscovite.
Deligny à Chantal B., 5 mars

Comme vous êtes de ceux qui savent qu’il “n’y a pas de hasard” ou qu’il est partout, vous avez eu raison : j’ai aimé ce livre, fasciné par les enfants, par leur silence, et leur vie ; fasciné aussi par ceux qui en parlent, vous le premier et vos amis avec une telle intelligence et une telle tendresse.
Louis Althusser à Deligny, 13 juin

Ce que j’en dis, de “cet autre chose”, n’est pas facile à formuler. Ou alors il faut aller faire un grand détour par ce projet de voir s’amenuiser le pouvoir de l’État.
Deligny à Franck Chaumon, 2 septembre

Schérer revu à Paris est sérieusement ébranlé par votre correspondance. Il fait un séminaire à Vincennes sur “Enfance errance” et se dit que toute tentative pour échapper au pédagogisme, c’est-à-dire à l’hypostase de “L’ENFAAANCE”, a quelque chose à voir avec le rapt.
Isaac Joseph à Deligny, 25 octobre

1976

Une tente-marabout est plantée devant le grand atelier : le cirque et la guerre (aurait 
pensé Tolstoï).
Deligny à Isaac Joseph, 8 janvier

Est-ce Janmari qui a du génie ? toujours est-il que plus de 4 000 personnes sont venues le regarder vivre. Il faut croire que les questions que vous posez, que vous vous posez sans répit, trouvent un très large écho.
Hélène Vager à Deligny, 28 janvier

Pas d’Autre. Voire. Que votre recherche ne porte pas sur cet Autre là (de langage ou de personne, Autre ou autre) n’entraîne pas qu’à votre insu quelque chose se passe aussi sur ce terrain.
Isaac Joseph à Deligny, 9 février

un professeur ès psychiatrie qui me dit qu’il forme ses élèves psychiatres avec “Ce Gamin, là”
Il va y en avoir, des chèvres, dans les hôpitaux psychiatriques.
Deligny à Chantal B., 29 juin

Il y a l’Idéologie, et il y a l’Espèce ; espèce “par nature” idéologique ? Et s’il y avait une “rupture” entre deux immuables, celui de l’Idéologie et celui de l’Espèce ?
Deligny à Louis Althusser, septembre

1977

Lorsqu’Althusser dit que les hommes ne sont pas les sujets de l’histoire, il dit la même chose que ce que je disais au début de cette tentative-ci. Tu me l’as – politiquement – reproché.
Deligny à Huguette Dumoulin, 2 février

Je n’aime pas ce qui se prépare à l’horizon.
Trop de monde. Je deviens touristique.
Deligny à Josée Manenti, 14 mars

Il vous arrive de vous reconnaître des amis, jamais des maîtres et encore moins des disciples. Pourquoi ?
Isaac Joseph à Deligny, 17 août

Mais j’en reviens à ce livre : “le geste et la parole”, dont vous pensez bien que le titre m’a 
attiré, dès qu’entrelu. […] C’était en 1966, sans doute. Le livre était sur le bureau de Jean Oury qui n’avait pas les yeux dans sa poche. Il m’a dit : – “Tu le veux ?”
Deligny à Isaac Joseph, 26 décembre

1978

Des p’tites pilules, dites-vous ; quelle drôle d’idée.
Deligny à Chantal B., 2 mars

Janmari aboie le 3 juin dans le Nagra […]. C’est Deleuze qui serait content : le bruit d’une 
ligne qui se trace, comme si on entendait pousser l’herbe ou les poils d’une barbe ; pendant 90 minutes ; l’éternité.
Deligny à Félix Guattari, 19 mars

Ou il s’agira de démocratie, et alors, point de communisme, le “commun” étant du ressort de l’a-conscient, alors que la démocratie, ça n’en finit pas de discuter, et de voter. bref : je ne vais tout de même pas dire ça tout haut.
Deligny à Isaac Joseph, 3 mai

J’ai pensé que vous feriez peut-être mieux de vous passer complètement de personnage féminin plutôt que d’en choisir un spécimen aussi gratiné.
Edith Gorren à Deligny, septembre

Gilles, ces temps-ci, va fort bien. Par moments, Jean Lin, “sa” présence proche, travaille à quatre mains. Gilles toujours aux aguets.
Deligny à Henriette T., 13 décembre

1979

Gisèle peint, près du feu, et fait galoper Fernand (l’autre, pas moi).
Deligny à Chantal B., 16 janvier

le texte de Cl. Lévi-Strauss ; ben oui.
L’humanisme c’est pour quoi l’homme se prend.
Deligny à Henriette T., 19 mars

That’s a lot of words to say: camera-ing can’t bow to the illusions of “cinéma-vérité”, and it is definitely something different than pretending there isn’t a point of view.
Robert Kramer à Deligny, 30 mai

Tout le monde se doute bien que là – dans le bonhomme – le réel n’y est pas, qu’il est dehors.
Deligny à Robert Kramer, 5 juin

1980

Vous me parlez d’Aristote et de “l’étalon commun” à partir duquel etc… C’est toujours de l’être conscient d’être qu’il s’agit, et puisqu’il parle de pouvoir, c’est donc du sujet, pas de l’individu.
Deligny à Jean-Michel Chaumont, 4 janvier

Je crois que Gentis va te joindre. Il a eu l’idée de proposer à la Quinzaine littéraire un spécial Deligny.
Émile Copfermann à Deligny, 22 janvier

Peut-être qu’un jour je m’y mettrais à l’écrire mon Moby Dick : il s’agira de l’humain et non 
pas d’une baleine blanche. Peut-être que ça s’appellera L’ASILE (sous-entendu : quand la 
terre en sera un).
Deligny à Émile Copfermann, 6 février

Il ne s’agit pas, pour moi, de formuler ; en écrivant – la 7e face, par exemple – j’essaye 
de me/nous débarrasser de l’histoire – et du temps –.
Deligny à Jean-Michel Chaumont, 27 juin

1981

Je reste persuadé que les cartes sont autrement décisives que cette bricole de miroir.
Deligny à Jean-Michel Chaumont, 20 mars

J’ai entendu, avec quelqu’étonnement, la voix même de Lévi-Strauss dire – à la radio – que les trois auteurs dont l’empreinte a été, pour lui, déterminante, sont : J. J. Rousseau, Chateaubriand, J. Conrad
Deligny à Jean-Michel Chaumont, 23 avril

Outremer, c’était multiplier les difficultés.
Émile Copfermann à Deligny, 8 juillet

Gilles va bien. Il fait corps avec le Séré.
Deligny à Henriette T., 21 octobre

Je ne crois pas, contrairement à ce que vous me dites, que cette autre langue, que vous craignez de parler, ne puisse bénéfiquement interpeller les lecteurs du Bloc-Notes de la psychanalyse.
Mario Cifali à Deligny, 25 octobre

1982

Puisqu’il me semble bien que ce que je veux tenter d’écrire ne SE lit pas, je mettrai la barre toute vers camérer.
Deligny à Émile Copfermann, 1er mars

Au hasard des rencontres, des passages dans l’Institution, voilà en fin de compte beaucoup de gens qui entendent parler de vous, et qui tentent, là où ils sont, et comme ils le peuvent, de faire “autre chose”.
Daniel Terral à Deligny, 20 octobre

Vous parlez de “l’inconcevable énigme” et vous parlez d’expérience politique de l’amitié ; d’où cette lettre.
Deligny à Marcel Gauchet, 21 novembre

Les lubies et les balivernes idéologiques, je les ai vues grosses comme un asticot ; ON y soufflait dedans – allez savoir par quelle embouchure – ; elles devenaient énormes et puis elles explosaient.
Deligny à Henriette T., 18 décembre

1983

Je reste persuadé que ce que j’écris est clair comme de l’eau de roche. Si vous regardez de l’eau de roche, vous vous dites : – ben quoi ? Il n’y a rien.
Deligny à Chantal B., 16 février

il me semble qu’entre ce que vous appelez l’être infinitif et l’être subjectif, il y va non pas d’un partage entre un mode d’être qui serait naturel et un autre qui ne le serait pas, mais d’un clivage, d’une bifurcation, irréductible entre deux voies de l’humain, également fondées et sensées, à l’égard desquelles nous 
avons choix.
Marcel Gauchet à Deligny, 6 mars

Alors, le “choix” ?
Choix : – pouvoir, liberté (de choisir)
(Petit Robert).
Deligny à Marcel Gauchet, 19 mai

Il paraît être au bord de tous les “apprentissages” possibles pourvu qu’il y soit invité.
Deligny à François Charnier, 24 septembre

1984

Reste que le mot “commun” s’en est trouvé relancé, projet. […]. J’attendrai donc votre réponse – si réponse il y a – pour poursuivre cet échange à partir et à propos de “la communauté inavouable” de M. Blanchot délibérément abandonnée sur mon établi.
Deligny à Isaac Joseph, 15 janvier

Que l’asile soit vaste, peuplé de plus de mille réfugiés ou qu’il soit lieu d’être pour une vingtaine d’individus le paradoxe est le même et cette liberté dont ils sont exclus ou dont ils ont été privés, s’agit-il qu’elle règne comme si de rien n’était ou bien faut-il la composer sans préjugés, l’établi alors devenant table rase ?
Deligny à Isaac Joseph, 16 janvier

Là où vous parlez d’amour, je parlerais d’attrait, et quand vous dites “désir” je dirais encore attrait
Deligny à Henriette T., 6 février

Je crois qu’il faut partir du principe, cette fois, que Deligny, pour le lecteur futur, connais pas.
C’est Dupont et Durand. J’exagère à dessein mais pas tellement. Tout ce qui concerne Rue 
de l’Oural doit être dans Rue de l’Oural.
Émile Copfermann à Deligny, 20 octobre

1985

je vous en avais dit quelques mots : Christophe devient cette gerbe d’agir en initiatives.
Deligny à Chantal B., 21 septembre

Avez-vous repris votre écriture ?
Henriette T. à Deligny, décembre

1986

Mais pourquoi les Zaméricains ont-ils massacré les Algonquins ?
Deligny à Thierry et Nadèjda Garrel, 9 janvier

TACITE, dis-je ; ce sans quoi point de langage.
Ceci dit après lecture fort attentive de L. WITTGENSTEIN
Deligny à Isaac Joseph, 16 avril

Nous sommes peu nombreux ; nous tenons.
Deligny à Thierry et Nadèjda Garrel, 16 avril

1987

J’ai donc eu trois étapes dans mon existence : un professeur de philosophie franc-maçon – vers 1929 –, les nazis ne l’ont pas raté un peu plus tard ; Henri Wallon en 1947 ; et l’ami WITT. ces temps derniers.
Deligny à Thierry et Nadèjda Garrel, 17 avril

Mais ce que vous poursuivez depuis 50 ans et plus n’est pas l’art, qui ne constitue probablement qu’une mince partie émergée du TACITE…
Thierry Garrel à Deligny, 22 mai

N’empêche que me parviennent des appels lointains – Canada, Argentine, Brésil – de gens qui emprunteraient volontiers la brèche que je propose entre psychanalyse et comportementalisme qui se partagent la vogue de ces temps-ci.
Deligny à Henriette T., 5 juin

1988

Je mesure, en y réfléchissant, la différence qu’il y a entre parler d’un écrivain qui n’est qu’écrivain, et de vous, qui êtes, aussi, écrivain.
écrivain quand ? et où ?
avant la vie – pendant – ou après – je veux dire après l’action, l’expérience ? ou écrivain d’abord ?
Henriette T. à Deligny, 4 mars

écrivain quand ? et où ?
Allez le demander à J. Conrad où à H. Melville, êtres de mer ceux-là.
Deligny à Henriette T., 8 mars

Je me suis aperçu, ces temps derniers, que ce mot d’image, ON l’utilise pour boucher le trou, 
car le langage a un trou ; le trou, c’est ce mot d’image
Deligny à Claude Chalaguier, 6 mai

Alors que, par ailleurs, le film se termine – me dit-on – je me suis jeté, à temps perdu, dans l’ENFANT DE CITADELLE.
Temps perdu…
Deligny à Thierry et Nadèjda Garrel, 9 décembre

1989

L’enfant de citadelle grandit-il ? 
Et celui de Gisèle ?
Henriette T. à Deligny, 6 janvier

L’enfant de Gisèle suit son cours comme on le dirait d’un fleuve 
quant à l’enfant de citadelle, et par deux fois, après en être arrivé à une centaine de pages, il s’est – pour ainsi dire – rétracté.
Deligny à Henriette T., 10 janvier

ILS sont tous plus ou moins enragés 
persister à CROIRE que les lignes d’erre sont l’œuvre des gamins.
Deligny à Henriette T., 7 juin

1990

je me suis aperçu que j’étais aborigène de je ne sais quelle Australie ; pour moi comme pour eux, les ancêtres sont dans la trace.
Deligny à Thierry et Nadèjda Garrel, 20 février

Pour le moment, je m’efforce de m’habituer à avoir l’Enfant d’un côté, et l’ami WITT. de 
l’autre. J’espère que je m’y ferai.
Deligny à Jacques Allaire, 20 septembre

Tout cela m’intéresse beaucoup. Et avant les “Grands”, Pythagore, par exemple, et sa première société secrète, et sa marotte des nombres. La secte jurait sur le nombre 10, la sainte Tétraktys !
Henriette T. à Deligny, 26 octobre

Si vous pouvez mettre la main sur les œuvres d’Henri MICHAUX – qui écrivait quand j’avais 20 ou trente ans – cramponnez-vous et ne les lâchez plus.
Deligny à Renaud Victor, décembre

1991

à quatre heures du matin j’avais soixante-dix-huit ans ; le fait est ; personne n’y peut rien.
Deligny à Henriette T., 7 novembre

Il paraît que, dans les ministères ou je ne sais trop où, se mijote une journée Deligny. Jusqu’à 
présent, ils me foutent la paix ; j’espère que ça durera.
Deligny à Henriette T., 7 novembre

Ce manuscrit sans fin je l’écris chaque jour tout comme les croyants font leur prière.
Deligny à Thierry et Nadèjda Garrel, 19 novembre<

1992

Décision – irrévocable – prise cette nuit : l’ENFANT – de Citadelle – né le 7 novembre 1913 est disparu dans le moment de Stalingrad.
Après, c’est un autre.
Deligny à Jacques Allaire, 7 mars

c’est pourquoi j’ai toujours été – quel que soit mon bon vouloir – un communiste bancal.
Deligny à Chantal B., 9 avril

Si je m’expose aux questions, il me faudra répondre, alors que je ne me fie pas au langage – preuve que je ne suis pas de mon temps, ou plutôt de ce temps-ci –.
Deligny à Jacques Bourquin, 4 mai

Nous sommes contents que la compagnie de Lichtenberg vous plaise.
Nadèjda et Thierry Garrel à Deligny, 20 octobre

1993

Merci pour tout ce que vous nous avez apporté. Il faut de temps en temps que les choses soient dites.
Henriette T. à Deligny, 30 mars

Le fait est que je reste stupéfait de la disparition de Guy A. Il me manque et me manquera toujours ; il était une des présences maîtresses des tentatives que j’ai – soi-disant – menées.
Deligny à Henriette T., 4 mai

je crois que je suis tombé juste pour proposer une autre approche, juste à point ; c’était le moment
Deligny à Henriette T., octobre

Il pleut vraiment, et l’eau est froide – je l’entends au bruit qu’elle fait –.
Deligny à Thierry et Nadèjda Garrel, 24 novembre

1994

J’ai sous les yeux le chien efflanqué de Giacometti qui me tient toujours compagnie.
Deligny à Thierry et Nadèjda Garrel, janvier

mon stylo était en panne d’écrire ; il a fallu que je le mette à tremper pour qu’il s’y remette
Deligny à Thierry et Nadèjda Garrel, 17 mai

1995

Gilles ? Il s’agit de l’espèce humaine et de l’homme-que-nous-sommes. […] Il ne s’agit pas
d’une lubie qui me serait personnelle, mais de la leçon d’Henri Wallon mon maître.
Deligny à Henriette T., février

Le printemps arrive. Vous apprécierez le temps plus doux.
Henriette T. à Deligny, 7 mars

1996

Tous ces crayons
quelle aubaine.
Deligny à Thierry et Nadèjda Garrel, juillet

 

DEL-Correspondance-Descriptif-Interlocuteurs

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45 €

Livres-apparentes


1320 pages
175 documents
Format : 23,5 x 16,5 cm
Couverture reliée souple avec rabats
ISBN : 9782373670134
Parution : 12 septembre 2018

Livre publié avec le soutien du Centre national du livre

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Interlocuteurs
Correspondance des Cévennes, 1968-1996

Fernand Deligny

édition établie, présentée et annotée
par Sandra Alvarez de Toledo

 

François Truffaut, Chris Marker, Germaine Le Guillant, Émile Copfermann, Josée Manenti, Jacques Lin, Jean-Pierre Daniel, Henri Cassanas, Renaud Victor, Inger Servolin, Louis Marcorelles, Françoise Dolto, Fanchita Maspero, Hélène Vager, Monic Parelle-Renaud, Jacques Allaire, Jean et Henriette T., Christiane Macé, Claude et Chantal B., Jacques Nassif, Jean Dravet, Isaac Joseph, Fabienne Dumoulin, Félix Guattari, Huguette Dumoulin, Richard Copans, Franck Chaumon, Daniel Terral, Louis Althusser, Jacqueline Lanouzière, Dominique Dumoulin, Florence Pétry, Camille et Micheline Beutier, Jacques Siclier, Roger Dadoun, François Fourquet, Edith Gorren, Robert et Marie Cassan, François Gantheret, Robert Kramer, Nicole Guy, Marie Bonnafé, Jean-Michel Chaumont, Michel Chauvière, Nadèjda et Thierry Garrel, Mario Cifali, Marcel Gauchet, Jean Durançon, François Charnier, René Zazzo, Claude Chalaguier, Bruno Muel, Jacques Bourquin

 

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Format : 23,5 x 16,5 cm
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Parution : 12 septembre 2018

Livre publié avec le soutien du Centre national du livre

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Correspondance des Cévennes, 1968-1996

Fernand Deligny

édition établie, présentée et annotée
par Sandra Alvarez de Toledo

 

La Correspondance des Cévennes, 1968-1996, qui paraît après la réédition des Œuvres (2017), porte sur les années durant lesquelles Fernand Deligny a vécu avec des enfants autistes et élaboré sa recherche sur le mode d’être « hors langage », l’humain et l’image. Les « Cévennes » désignent en réalité le hameau de Graniers, à Monoblet, que Deligny ne quitte pas durant trente ans ; depuis ce point fixe il pense et organise ce qu’il appelle le « réseau ». Les lettres de Deligny (une sélection sur un millier) forment environ les trois quarts de la Correspondance et témoignent du « laboratoire » de l’œuvre en train de se faire.

Les plus nombreuses sont celles échangées avec ses éditeurs : Isaac Joseph en premier lieu, philosophe et maître d’œuvre des livres majeurs de Deligny, Émile Copfermann, directeur de collection chez Maspero puis chez Hachette, et Jean-Michel Chaumont, alors étudiant en philosophie, éditeur de deux de ses ouvrages. La correspondance met également en évidence, sous la forme des échanges avec François Truffaut, Chris Marker, Robert Kramer, et beaucoup d’autres, la constance de la place du cinéma dans la vie du réseau. La teneur des lettres à Louis Althusser (qui lui rend visite au printemps 1977), du dialogue avec le jeune psychiatre communiste Franck Chaumon et des échanges avec Huguette Dumoulin, membre de l’ex-Grande cordée (1947-1962), rappelle à la fois le compagnonnage de Deligny avec le PCF et sa proposition alternative d’un Nous commun et « d’espèce », intuition qui fait de lui l’un des penseurs précurseurs de l’anthropologie politique contemporaine. L’hostilité de Deligny à l’égard de la psychanalyse est en partie démentie par un échange régulier avec des lacaniens ou apparentés, parmi lesquels Françoise Dolto et Jacques Nassif. Deligny écrit également aux membres du réseau, et surtout à Jacques Lin, l’une des chevilles ouvrières du réseau. Il tient en revanche à distance les éducateurs spécialisés qui le sollicitent comme le modèle qu’il s’évertue à ne pas être. L’échange de lettres avec Marcel Gauchet (1982-1983) dénote un malentendu cordial sur le thème du « choix » et de la religion. De nombreuses lettres émouvantes avec les parents des enfants autistes (les mères surtout, Henriette T. et Chantal B., Micheline Beutier) émaillent la correspondance.

La Correspondance des Cévennes s’achève en forme de fugue sereine ; tandis que sa santé décline et qu’il écrit les derniers haïkus de Essi & Copeaux, Deligny fait encore part à Jacques Allaire du projet d’adapter au cinéma une biographie de Ludwig Wittgenstein et entretient une correspondance régulière avec Thierry et Nadèjda Garrel au sujet de son autobiographie sans fin, L’Enfant de citadelle.

La publication des lettres s’accompagne de la reproduction d’environ 175 documents et lettres manuscrites. Cette riche iconographie, qui est l’une des particularités de l’ouvrage, met en évidence la spatialisation de l’écriture de Deligny, le lien entre entre écriture, tracer et image, et rappelle le contexte historique et politique de sa recherche.

Un conséquent travail d’édition critique complète la publication des lettres. L’ouvrage est introduit par l’éditrice et s’achève par une liste des lettres par interlocuteur et par l’énoncé des partis pris éditoriaux.

 

Marker-Descriptif-Presse

MEP_MARKER_couv_500
35 €


Fac-similé de l’édition originale de 1959
suivi d’une postface de Chris Marker de 1997
et d’une note de l’éditrice

152 pages
146 photographie et documents (en bichromie)
Format à l’italienne : 19,5 x 24,5 cm
Couverture reliée cartonnée
ISBN : 978-2-37367-014-1
Date de parution : 20 août 2018

Livre publié avec le soutien à l’édition du Centre national des arts plastiques

croix-fermer
Coréennes

Chris Marker

 

Max Pol Fouchet, émission de télévision Lectures pour tous, 20 janvier 1960.
Écouter l’émission

Cyril Béghin, Cahiers du cinéma, septembre 2018.
Lire l’article

 

 

 

 

 

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35 €


Fac-similé de l’édition originale de 1959
suivi d’une postface de Chris Marker de 1997
et d’une note de l’éditrice

152 pages
146 photographie et documents (en bichromie)
Format à l’italienne : 19,5 x 24,5 cm
Couverture reliée cartonnée
ISBN : 978-2-37367-014-1
Date de parution : 20 août 2018

Livre publié avec le soutien à l’édition du Centre national des arts plastiques

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Coréennes

Chris Marker

Postface écrite par Chris Marker en 1997 à l’occasion de la reprise
de Coréennes dans son CD-Rom Immemory.

J’ai tenu à reproduire ce texte (à quelques ajustements de mise en page près) exactement tel qu’il avait été publié en 1959. Près de quarante ans plus tard, il est légitime de se poser quelques questions à son sujet : est-ce qu’il se rapporte à un monde irrémédiablement rejeté par l’histoire, au nom de la fameuse « crise des idéologies » ? Est-ce que ces hommes et ces femmes que j’ai vus travailler durement, avec un courage que la propagande ne se privait pas d’exploiter, mais qu’il serait très bête de réduire à son imagerie, ont vraiment travaillé pour rien  ? La lecture des journaux du printemps 1997 là-dessus est accablante : « famine »,  « échec total », « corruption généralisée »… Pas de raison d’ergoter : cette partie-là a été perdue, affreusement, et une fois de plus les Coréens ont illustré leur propension grecque à l’ubris. Toujours l’excès, dans le sentiment, dans la guerre, dans l’histoire.

Ce petit livre, lui, avait eu un destin particulier. Rejeté des deux côtés, pas assez laudateur pour le Nord (et d’abord, cette tache inexpiable : pas une fois le nom du grand leader n’était prononcé !), immédiatement assimilé à de la propagande communiste par le Sud, qui m’avait fait l’honneur de l’exhiber dans une vitrine du musée de la contre-révolution avec l’étiquette de « chien marxiste » – ce qui ne m’avait pas paru spécialement injurieux : je vois bien Snoopy délaissant quelque temps Hermann Hesse pour lire le Capital… On peut se flatter de ce genre de symétrie, se comparer à Charlie Chaplin à la fin du Pèlerin lorsque, canardé par les deux camps, il marche, un pied devant l’autre, sur la frontière, et se dire que lorsqu’on se fait flinguer des deux côtés on a quelque chance d’être sur la bonne route. C’est une gloriole assez courte, qui permet de se mettre à bon compte au-dessus de la mêlée. Notre fin de siècle exige autre chose. Au surplus, je ne me suis jamais soucié du « sens de l’histoire » qu’en jouant délibérément sur le mot sens : il ne s’agissait pas d’une direction à suivre, d’un panneau indicateur planté par des chefs infaillibles (là encore, cette ambiguïté du mot « dirigeant » !), mais de la signification possible de cette histoire pleine de bruit et de fureur, racontée, etc. Si jamais j’ai eu une passion dans le champ politique, c’est celle de comprendre. Comprendre comment font les gens pour vivre sur une planète pareille. Comment ils cherchent, comment ils essaient, comment ils se trompent, comment ils surmontent, comment ils apprennent, comment ils se perdent… Ce qui d’avance me mettait du côté de ceux qui cherchent et se trompent, opposé à ceux qui ne cherchent rien, que conserver, se défendre, et nier tout le reste.

Qu’allions-nous chercher aux années cinquante-soixante en Corée, en Chine, plus tard à Cuba ? Avant tout (et on l’oublie trop facilement aujourd’hui qu’on mélange allégrement ce qu’on a fourré dans ce concept incertain d’« idéologies ») une rupture avec le modèle soviétique. Ici la chronologie a son importance. Je n’appartiens pas à la génération de ceux qui ont été soulevés par la vague de 1917. C’est une génération tragique qui, portée par un espoir démesuré, s’est retrouvée complice de crimes démesurés. Dans le film que je lui ai consacré, Alexandre Medvedkine emploie cette image forte : « Dans l’histoire de l’humanité, il n’y a pas eu de génération comme la nôtre… C’est comme en astronomie, ces “étoiles noires” qui se réduisent à quelques centimètres carrés et qui pèsent plusieurs tonnes. Un tel trou noir pourrait représenter ma vie. » Nous qui avions la chance d’être nés de l’autre côté du trou noir, nous ne pouvions pas ignorer la profondeur de son échec, et ceux qui disent qu’« ils ne savaient pas » sont de sacrés menteurs. Bien avant Soljenitsyne, nous avions lu Victor Serge, Koestler, Souvarine, Charles Plisnier (étrangement occulté de nos jours, alors que dès 1936, dans Faux passeports, il démontait tout le mécanisme des procès de Moscou) et on ne nous ferait jamais le coup du paradis des travailleurs. Raison de plus pour aller voir comment des peuples jeunes, échappant géographiquement et culturellement aux vieux modèles européens, allaient se coltiner le défi d’une nouvelle société à construire. Ces enfants de Confucius, de Lao-Tse, de Bolivar ou de Marti n’avaient aucune raison de se plier aux dogmes élaborés par des bureaucrates nés d’une mère porteuse léniniste inséminée par Kafka. La réponse est qu’ils l’ont fait.

Encore ceci : dans l’URSS elle-même, un frémissement se faisait sentir au milieu des années 50, et les Moscovites d’aujourd’hui parlent avec une poignante nostalgie de ces années où la vie devenait vivable, où la terreur s’éloignait, où rien sûrement n’était gagné mais où on pouvait envisager sans déraison une évolution vers la liberté. Bref, la perestroïka était imaginable à une époque où ses retombées eussent été infiniment moins coûteuses. Les portes de l’avenir s’entr’ouvraient, lentement, en grinçant, mais elles bougeaient. Il aurait fallu beaucoup de pessimisme historique pour prévoir Brejnev et ce temps qu’on appelle là-bas celui de la stagnation, plus criminel encore que celui de Staline du point de vue de l’histoire, parce que personne n’était en mesure de changer Staline, alors qu’il aurait été possible de changer Brejnev. Et encore une fois, c’est le pessimiste qui aurait eu raison.

C’est donc d’un bilan parfaitement désastreux que témoignent la plupart des textes et des images de ce disque, et je ne me sens ni l’envie ni le droit de m’en détourner. En ajoutant seulement deux notations qui ont pour moi leur importance.

On a beaucoup joué sur les ressemblances, indéniables, entre les deux totalitarismes, communiste et nazi. À ceci près que les uns ont commis leurs crimes en trahissant les valeurs sur lesquelles ils se fondaient, les autres en les accomplissant. Ce distinguo est peut-être une fausse question. Ou bien c’est toute la question.

Et pour finir : toute la désespérance accumulée en cette fin de siècle, tant d’espoirs bafoués, tant de victimes, tant de démissions ; tout cela ne me donne toujours pas l’once du commencement d’une esquisse d’indulgence pour la société « telle qu’elle est ». J’avais l’habitude de dire du temps de la guerre froide à mes camarades des deux bords : « ce que vous appelez les erreurs du socialisme, c’est le socialisme, ce que vous appelez le capitalisme sauvage, c’est le capitalisme ». Pour le moment il ne reste debout qu’un de ces deux monstres, mais la défaite de l’autre ne l’a pas humanisé, au contraire. Interrogé à la télévision peu de temps après la chute du Mur de Berlin, Claude Lelouch qui n’est pas, lui, un chien marxiste, a eu cette formule pleine de bon sens : « le communisme avait au moins un mérite, c’est qu’il faisait peur aux gens d’argent – et les gens d’argent livrés à eux-mêmes, ils sont capables de tout, croyez-moi, je les connais… » Il me plaît de laisser à un cinéaste le dernier mot sur ce xxe siècle qui en dépit de ses faux-semblants aura si peu existé, qui n’aura peut-être été au bout du compte qu’un immense, un interminable fondu-enchaîné.